Pourquoi ne nous avez-vous rien dit ?

J’aurais beaucoup de choses à vous raconter, peut être aurais je l’occasion de revenir vous écrire.

Quand cela s’est passé j’avais quinze ans tout juste passés, un premier copain pour faire comme tout le monde et combler le vide d’amour parental que je ressentais. On nous apprend pas vraiment ce qu’est l’amour à l’école, ni vraiment ce qu’est le sexe, moi j’ai plutôt l’impression que ça nous conditionne. Que ça nous montre la case dans laquelle on doit aller et les tabous de la société à respecter sous prétexte de devenir différent, étrange et rejeté.

 

Quand j’étais enfant je pensais que l’amour c’était comme dans les téléfilms de Noël, que les enfants ont les faisait en plantant une graine et qu’on l’arrosait chaque jour d’amour et de soleil.

 

J’ai grandi, ça ne m’intéressait pas, soit, bienvenue en cours de SVT quatrième, on ne nous apprend toujours pas ce qu’est l’amour ni ce qu’est le sexe. On découvre des schémas simplifiés des organes reproducteurs, comment enfiler un préservatif mais pas vraiment à quoi il sert, chouette ça ne nous aide pas vraiment.

 

Au collège c’était un peu la mode d’avoir couché, d’avoir un copain, ça nous faisait nous sentir grands, si vous saviez…

J’ai rencontré T pendant les vacances qui me menait à ma seconde, premier copain, imitation du mouvement populaire qu’est la relation de couple.

J’avais quinze ans donc, lui il en avait seize.

C’était assez léger, des promenades en automne, quelques rires et un sentiment d’importance un peu étranger. Je n’étais pas très portée amour, j’étais la fille bizarre dont on se moquait et avec qui personne ne voulait se lier ne serait-ce que d’amitié, alors j’étais encore moins portée sexe.

 

partie du corps
Laura Pailhès – « autoportrait »

 

Vous connaissez cette promesse « Oui papa je vais rester vierge jusqu’à mes dix huit ans » ?

Moi je la connais, et j’y ai cru.

J’avais déjà dormi chez T mais dans des chambres séparées, ordre de papa, mais après tout où était le problème ? Dormir c’est dormir non ? J’étais sûrement trop innocente, je n’en sais rien.

Souvent, il disait qu’être puceau à seize ans c’était la honte et moi je le contredisais, je trouvais ça bien.

Lui par contre ne se gênait pas pour me dire quoi faire de mon corps, quelle lingerie porter, comment je devais me maquiller, me dire que je devais m’épiler de telle ou telle sorte, que je devais perde du poids.

Un soir par manque de place on s’est retrouvé à partager le même lit.

Spoiler alert !

Il ne m’a pas écouté…

 

Vous connaissez ce sentiment de saleté ? De se trouver répugnante ? Objet ? Moi oui.

En fait, ce qui a été le plus difficile c’était le « après », tenter de se convaincre désespérément que ça n’est qu’une première fois ratée, que c’est normal parce qu’il est mon copain et que c’est mon devoir de lui faire plaisir…tant pis c’est comme ça.

Passer sous silence, fuir.

Tout fuir, avoir peur.

Comprendre, sombrer.

 

J’ai tout gardé secret pendant un an. Un matin, mon père m’a retrouvé à moitié morte sur le parquet de ma chambre.

Je ne supportais pas de le croiser, d’étouffer intérieurement de honte et de douleur, d’avoir peur qu’on me touche, de devenir blessante avec les autres personnes que la vie mettait sur mon chemin.

Le 18 septembre 2017 j’ai pris tous les médicaments que j’avais en ma possession, vous vous souvenez quand je vous ai parlé de sombrer ?

J’étais la bienvenue chez la dépression.
Cette nuit là j’ai beaucoup pleuré, et j’ai pris ces cachets que je trouvais jolis parce qu’ils étaient colorés.

J’étais dans un coma profond, entre la vie et la mort.
La première phrase quand je me suis réveillée ce fut « vous me faites tous chier », ça avait le mérite d’être clair au moins !

Tous ces médicaments faisaient encore effet et j’étais dans un tel état second que j’ai tout raconté a mon père, une fois bien réveillée je ne m’en souvenais plus. Si vous saviez la tristesse que j’ai lu dans son regard, et pour la première fois je ne pleurais plus seule dans le coin je ma chambre, je pleurais dans les bras de mon père parce qu’il a faillit perdre sa fille et qu’il s’est senti aveugle.

Mon père voulait porter plainte, moi je refusais par peur de gâcher la vie de T, la mienne était déjà suffisante non ?

« Il s’est gêné pour gâcher la tienne peut être ? »
Cette phrase j’y ai réfléchi, beaucoup.
C’est vrai, s’était il posé la question lui ?
J’ai fini par céder.

Quand je suis arrivée au commissariat de police de ma ville l’agent qui m’a accueilli m’a dit « j’ai compris » sans que mon père et moi n’ayons dit mot. Ça fait plus d’un an que la plainte est déposée et je suis toujours sans nouvelles.

En fait, si je vous raconte ça aujourd’hui c’est parce que j’ai beaucoup de messages à faire passer suite à cette histoire ma foi très synthétisée.

Tout d’abord, ne vous sentez jamais obligée d’avoir un copain ou une copine parce que croyez-moi, aimer ça vaut le détour et perdre son temps avec une personne pour qui l’on ne ressent rien c’est pas très utile.

Ne laissez jamais cette personne vous imposer quoi que ce soit, vous devez vous plaire à vous et faire les choses par envie non par contraintes.

Si jamais vous subissez quelconque violence, par pitié parlez-en, c’est compliqué, je sais combien ça l’est mais parlez-en ne serait-ce qu’à la personne en qui vous avez le plus confiance ou exprimez-le à travers votre passion.

Osez dire NON quand vous n’avez pas envie, le silence n’est pas un OUI.

Le consentement c’est important, ne trouvez pas cela normal que quelqu’un dispose de votre corps sans votre accord, peu importe qui est cette personne, un inconnu, votre conjoint ou même un proche .

Un NON c’est un NON.

Ton corps est à TOI et seulement TOI.

 

Passer le cap de la justice est compliqué, souvent parole contre parole, c’est long, mais moi ça m’a beaucoup aidé.

Merci d’avoir pris le temps de me lire et un grand merci à Marie et Christelle qui m’ont offert la chance d’avoir pu partager tout ça, à une prochaine fois qui sait ?!

 

Laura.

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