Comment « vouloir être aimée » m’a fait sombrer ?

 

Bonjour chère femme en chemin…

 

Photofloue d'une femme nueen arrière-plan la nature
Christelle Guibouin – Août 2015 – Crédit photo : Marie Guibouin

 

Si tu ne me connais pas, tu comprendras très vite de moi que mon plus grand traumatisme est ma venue dans la matière… bien que je l’eu voulu très fort.

 

Et je me suis posée cette question que tout le monde se pose à ses premiers jours : qu’est-ce que je peux faire pour être aimée ? Mais surtout, comment je peux dire à tous ces gens que la vie peut être vraiment vraiment fun ?

 

J’ai souri.

 

J’ai souri longtemps. En continu. Je souris encore.

Je souris pour cacher toute émotion, toute. Même la vraie joie me chamboule.

Alors je souris quand je ressens de la tristesse.

De la colère.

De l’hostilité.

De la frustration.

Du désir.

De l’envie.

Du non.

De l’amour.

De la déception.

Je bloque.

 

Je ferme la porte à ce qu’il y a de si beau qui peut jaillir de moi, qui peut exploser. Mes réactions, mes tsunamis, mes changements de couleurs : tout ce qui peut faire trembler le cosmos, qui en a tant besoin.

 

Un jour il faudra que j’assume que j’ai une particularité : je suis sensible et je vois ce que d’autres ne voient pas. Sans parler de fantômes. Je vois des liens, des non liens, je ressens le stress, la souffrance, la mélancolie d’autrui. Oui j’ai honte de dire que la sensibilité est une caractéristique rare, mais je ressens malheureusement que c’est vrai. En fait, je tilte là que tout, ou quasi tout ce qui m’entoure est là pour me faire comprendre malgré lui, que ce n’est pas ça, la vie.

 

Alors j’ai atterri, il y a vingt ans, dans un groupe merveilleux de garçons et de filles aux personnalités diversifiées : ma famille biologique pour qui je ressens beaucoup de compassion.

Un groupe dans lequel un contexte bien balaise, avec une histoire et tout, était déjà là depuis bien longtemps avant mon arrivée.

Je commence alors à déambuler dans le labyrinthe. Dans un mystère, avec des questions sans réponse, des conversations dites pour les grands, j’ai dû deviner.

 

J’ai compris que parler de sexe se faisait en chuchotant, j’ai assimilé la sexualité à un danger, une personne qui en domine une autre, cette dernière fermant sa gueule en serrant fort les dents mais devant écarter les jambes. Les yeux fermés, le souffle coupé. Tétanie. J’ai appris que les vécus difficiles s’occultaient : parce qu’ils faisaient trop mal, parce qu’il fallait faire beaucoup d’efforts pour se faire à la fois entendre, écouter et comprendre. Que la chose qui se faisait était d’abandonner, de ne jamais évoquer un passé sinon c’est conflictuel, et de recréer une famille. « Les enfants sauront s’en charger. », murmurerait l’inconscient en riant.

J’ai compris que, adulte, se mettre nu.e était pour la douche, le bain, ou dans une pièce fermée à clef pour se changer.

J’ai compris quêtre grosse était vilain, mal-vu, pas vu, méprisé, rabaissé. J’ai compris qu’il n’y avait qu’un modèle de corps, enfin deux : « le corps féminin », « le corps masculin ».

J’ai compris que les règles, c’était juste du sang qui coule, qu’il y avait des moyens pour l’absorber, et que le seul moment où c’était évoqué c’était pour dire à une femme énervée : « Oh la la, c’est bon, t’as tes règles ou quoi ? ». Sinon, ça se vivait seule, entre les toilettes et la salle de bain ?

J’ai compris particulièrement rapidement qu’un garçon était voué à trouver des filles pour « sortir avec ».

J’ai compris qu’une femme était faite pour aller avec un homme et vice versa. Et que tout ce qui ne correspondait pas à ça était rarissime et exceptionnel.

J’ai appris qu’une relation s’illustrait par au moins deux personnes à côté. Et voilà, c’est tout. Une image qui ne bouge pas suffirait à définir la « relation ».

J’ai compris qu’on était tous et toutes seul.e.s dans nos têtes à démêler nos nœuds puis se démerder… que les difficultés, les ressentis quels qu’ils soient, les prises de consciences, connaissances, n’étaient pas des choses à verbaliser et partager. Parler suffisait pour relationner, décrire le paysage enneigé ou la couleur d’un pull.

J’ai appris que la quête prioritaire de l’adulte était de gagner de l’argent et que, mon Dieue c’était galère. J’ai compris que faire les courses alimentaires était une source d’angoisse, car l’argent y était directement lié, et que ce serait bien d’y aller molo.

J’ai compris l’instinct vraiment grégaire des personnes humanoïdes, qui se raccrochent au groupe, au connu, à ce qui se fait, ce qui se croit, se dit et ne se dit pas, se pense, se mange, se réfléchit, se sent, etc.

J’ai appris tout ça par des ressentis et des interprétations, pour la plupart automatiques et inconscients. J’ai compris des choses, en me sentant concernée.

 

Et, tu le sais certainement tout autant, il suffit parfois d’une seule croyance basée sur la peur et qu’on croit illégitime de partager, pour nous enfoncer bien bas sous terre. Une croyance qu’on sait présente, mais non assumée pourrait se dire… mi-consciente ?

Celle qui a été mienne en captant que j’allais avoir les formes d’un corps biologiquement femme : Je ne veux pas grossir.

Et dans mon intensité de travail à fond pour ne surtout pas redoubler à l’école, car la vie urge et l’image c’est important, c’est sur l’alimentation (alimentassiette) et le sport que j’ai dirigé mon contrôle.

 

Alors oui, une silhouette particulière peut évoquer l’anorexie. Là, je t’ai parlé des potentielles causes de ce qui m’a fait saluer cette maladie. Tout ce que j’ai décrit dans cette article, tu l’as certainement vécu toi aussi, à ta façon. Que tu t’en souviennes ou non. Et ça t’a mené à d’autres troubles.

 

Les esprits sont touchés par le carnage de ce monde. Qu’on le veuille ou non. Et nous trouvons tou.te.s des moyens pour attirer l’attention. Moi aussi, encore aujourd’hui.

 

Anorexie, c’est le nom qui a été donné pour définir mon attitude mentale et comportementale dans mon rapport, troublé, à la nourriture et à mon corps.

D’ailleurs, puisque quand on parle de maladie, on parle de guérison (quand on y croit !), je dirais que oui, je suis guérie d’un point de vue physiologique.

Mais dans les vraies causes, le fait d’assumer être Christelle Guibouin ici et tout le temps, c’est autre chose.

 

Je peux parler prochainement, si cela t’intéresse (dis-le moi en commentaire), de comment se vit l’anorexie au niveau du corps, de l’image, des sens, du rapport à la faim, à l’assiette, etc… L’anorexie est selon moi bien loin de ne concerner que le corps, ou de ne se définir que par lui – je parle pour mon cas et selon ce que je crois à présent.

Ce lieu est pour toi, femme en chemin. N’hésite pas à commenter, t’exprimer, partager ce que cette lecture ou écoute t’évoque, fait miroir chez toi, etc. C’est ainsi que nous avancons sur le chemin et que… on s’déshabille 😀

 

 

Christelle en chemin.

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