Avant j’étais anorexique

Crédit Photo : Marie Guibouin – Août 2015

 

Avant j’étais anorexique.

Enfin je n’étais pas que ça mais c’est une phrase suffisamment synthétique pour pour que tu captes rapidement de quel passage de ma vie je vais parler ici.

J’étais isolée. Je me sentais souvent seule, avec des problématiques que personne d’autre que moi pouvait avoir. Je pensais cela. Des problématiques internes que je ne partageais pas car elles n’allaient pas être écoutées, comprises ou simplement considérées comme légitimes.

Je me souviens très bien de ces moments où se battaient en moi-même tant de gens dans mon intérieur. C’était horrible. Je pèse mes mots. A un moment donné, ces gens n’ont plus de place en mon sein et… ils doivent sortir de mon corps.

A la place, durant un temps, comme je ne les libérais pas, alors ils ont pris l’emprise de moi. Ils m’ont attaqué, comme on est envahi par un virus. Cela va très vite, très très vite.

J’étais dans une période où mon mental me menait à une vie dans laquelle j’avais la persuasion de tout contrôler. C’était fascinant ! Mais j’apprends que ceci n’est pas possible…

Pour les détails : j’étais stricte sur mes heures de sommeil et de repas. Pas exigeante ou attentive, non, stricte et même rigide. Je bossais beaucoup mes devoirs de lycée, j’écrivais seule dans ma chambre sur des cahiers mes pensées, et je pleurais en cachette -ou dans des bras !- ce que je n’avais pas verbalisé.

Mes journées, dans les faits, se ressemblaient beaucoup.

 

Aujourd’hui, pourtant dans un état similaire, voire plus extrême au niveaux des gens dans ma tête (c’est-à-dire les croyances qui me gouvernent mais que je ne sens pas légitime de partager, de communiquer), j’ai plutôt ma vie dans un bordel désorganisé et désastreux.

Alors que durant ma période d’anorexie j’étais assidue sur les heures, motivée à sortir de mon lit très tôt pour petit déjeuner tôt et donc espacer mes repas à merveille (j’avais peur de ne pas avoir faim pour le prochain, entre autres), aujourd’hui j’ai du mal à m’endormir et à sortir de mon lit. Toute action, même banale, me demande un effort complètement démesuré. C’est très humiliant pour moi de partager cela.

Du coup je fais le chemin inverse : je m’impose des horaires de sommeil. Je dois être levée à 6H la semaine, pour m’endormir plus tôt le soir sans traîner et m’éviter par tous les moyens possibles et inimaginables… et épuisants, franchement.

 

Marie m’a demandé comment j’ai fait pour sortir de l’anorexie. J’ai déjà écrit ici que l’anorexie est le nom pour déterminer le trouble comportemental face à la nourriture et à son corps. Je répondrais à sa question parce qu’effectivement je me suis sortie de ces troubles, et de l’état physiologique dangereux de mon corps, de ma santé mentale, de ma sociabilité, etc. Enfin ça va quoi, je me retrouve plus, seule dans mon monde à compter les petits pois de mon assiette si tu veux.

Mais mon anorexie à moi (je précise car chacun est différent) n’était en fait qu’un balaise de symptôme d’un mal-être déjà présent de ouf.

C’était pour dire « je sature ». C’était pour dire « puisque vous ne me comprenez pas avec les mots, qu’ils soient parlés ou écrits, alors je vais vous le dire avec mon corps », c’était pour dire « je suis ». Et c’était pour dire aussi « je ne vous suis pas et vous me faites chier 🙂 ». L’anorexie est réellement un piège et ce n’est pas drôle. Si tu as vécu quelque chose de similaire, même si ce n’est pas un trouble du comportement alimentaire, et que tu souhaites en parler ici, franchement contacte-nous, ton témoignage peut être anonyme si tu le souhaites. En fait nous partons du principe qu’écrire sur soi permet de s’aider soi-même, et également les lectreur/ices, à poser des mots qu’ils ne parviennent pas à trouver sur leur état.

 

Je travaille aujourd’hui à m’exprimer et ce n’est pas un travail facile. Par expérience, je sais par contre que c’est si dévastateur de se priver de cela, qu’au long terme c’est plus difficile, voire mortel. J’encourage la pensée qu’il doit y avoir autant de corps que de vies (au moins!), donc nous qui sommes ici, vivons du mieux que nous pouvons 🙂 Exprimons-nous le plus possible et le plus vrai possible.

 

Merci à toi de m’avoir lue !! A bientôt !

Christelle.

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